Ça te dirait d’aller boire un verre, à une heure tardive, dans un bar un peu popu, un peu seconde zone, où se trouvent toutes sortes de gens ? On y viendrait pour boire un verre, mais assez rapidement, on se mettrait dessus avec deux autres types, même taille, même âge, même poids que nous, presque de la violence légale. Que nous auraient-ils fait ? Pas grand-chose, mais leur allure de minet et leurs attitudes de parisien satisfait ne nous seraient pas revenues. Nos verres encore à moitié plein, on serait éjecté par le videur. Sortis du bar avant même que l’un ou l’autre ait pu aller au bout de son actualité, mais les coups reçus et les coups donnés en auraient plus dit sur chacun que quoi que ce soit qu’on aurait pu se confier. On errerait, longtemps, puis, le petit matin, pointant, on irait se réfugier dans une église. Rendus hagards par les coups et l’errance, on attendrait, assis, sur un banc proche de l’autel.
Le temps s’écoulerait, puis les premiers paroissiens venus pour la messe du dimanche matin entreraient dans l’église. C’est que toute cette histoire aurait commencé un samedi soir. Quand les paroissiens entendent le prêtre qui, pendant son sermon, dit : « À l’église, venez comme vous êtes ! », ils rient du décalage, un homme d’Église qui utilise le slogan d’une chaîne de fast-food, mais là, ils n’en seraient pas moins sur leurs gardes, devant ces deux jeunes hommes à l’allure enbataillée, et dont ils ne sauraient dire s’ils sont pris dans une contemplation mystique ou simplement sonnés par une nuit d’ivresse.
On accueillerait la messe avec soulagement, comme pour se laver de la nuit. On saurait que ce qu’on avait fait n’était pas très beau. Il n’y a pas de karma cosmique chez les chrétiens, mais c’est tout comme, et une prière, c’est pas grand-chose, mais si c’est fait avec intention, ça soigne.
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