Au bout d’un moment, Vieux Zach me repoussa de la main avec une certaine férocité, il me fit signe de reprendre la position assise et, très lentement, il réajusta ses lunettes sur l’os de son nez. Puis il reprit, pesant ses mots dans le silence d’un bureau dont je ne distinguais plus rien, tellement la force du regard de Zach, et le poids de ses phrases, avaient effacé toute chose alentour.
– Je vais vous dire une chose de très simple et de très primordiale, dit-il, sur un ton de confidence. Voici : ne vous gâchez pas. Ne gâchez pas votre année.
Il respira, puis enchaîna en détachant ses mots à la façon dont on dicte un télégramme :
– Vous êtes en train de gâcher ce qui, peut-être, dans votre existence, une période unique, un passage inestimable. Ça n’a pas de prix ce que vous vivez.
Et comme s’il jugeait qu’il n’avait pas assez décodé le message, il ajouta cette phrase qui devait longtemps me poursuivre :
– Ne donnez pas à cette part obscure, présente en chacun d’entre nous, de faiblesse et de la lâcheté, la satisfaction de devenir un raté.
Il attendit que la phrase s’installât en moi, contemplant l’effet qu’elle pouvait avoir sur le jeune homme qui lui faisait face. Je ne trouvai rien à répondre et il me semblait que le doyen n’attendait aucune réplique. Lorsqu’il eut décidé que suffisamment de temps avait passé, souligné par suffisamment de silence, son immense carcasse se mit en mouvement.
Il se leva, il me serra la main avec une extrême énergie, et je pris congé de Vieux Zach.
L’étudiant étranger, Philippe Labro