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Le Journal de Minuit

  • Aparté II : The Food Cheatcode

    janvier 7th, 2026

    What if I told you that to reach the life that you’ve always wanted, you didn’t need more motivation, more discipline, or better designed goals, (though these certainly help) but simply a change of diet.

    Food has so much power over how one sleeps, feels, behaves, that its overall effects on what one is are hard to even fathom. What one puts at the end of his fork could thus be the foundation for a healthy, energetic joyful life, or a cause of harm for the body that will inevitably slow one down in anything they want to achieve.

    The Food Cheat Code by Dr.Tom Cruiciferous, comes in as the perfect guidebook for anyone who wants to change their life by first changing what’s on their plate.

    This book not only teaches what the right foods to eat are, or how to cook them properly, but also teaches what to combine them with to make it easy for the body to digest them. Plus, it gives plenty of yummy recipes that’ll make you say that healthy food is tasty food.

    So, are you ready for a change ? With the Food Cheat Code, striding towards the life that you want becomes… a piece of cake.

  • J’en avais besoin (Mike’s Chips – Épisode 2/7)

    janvier 7th, 2026

    Dans Le Parisien, j’étais tombé sur un article qui annonçait que, sur la période des jeux, les prix des chambres d’hôtel et des locations airbnb ne cessaient de chuter. Beaucoup des billets pour assister aux épreuves étaient encore invendus. Les potentiels touristes se montraient plus raisonnables que prévu et beaucoup, à Paris, qui avaient cru faire de l’argent facile, déchantaient déjà.

    De mon côté, je faisais plusieurs services tests, avec cette donnée en tête. Il était certain que le quartier ne faisait pas partie d’un Paris carte postale. S’il y avait moins de touristes que prévu dans pour l’été, il y aurait peu, ou pas, dans cette partie du 20ème arrondissement. Mais plus je faisais de services, plus je me disais que je devais penser ma reprise par rapport aux habitants du quartier.

    J’en discutai avec Dany. Il me dit : « Ah ! S’il n’y a pas de touristes, t’es mort. Déjà, le RN va passer. Ça va être la révolution dans le quartier. Si je retrouve le restaurant en un seul morceau après les élections, ce sera déjà bien. Et puis, pour les jeux, tous les Parisiens vont partir. Je ne sais pas si je ne t’envoie pas au casse-pipe en donnant les clés du restaurant. » Pour l’effet des élections législatives, je n’avais aucune opinion, mais pour la période des jeux, j’imaginais que se produirait une grande effervescence populaire. Les Parisiens réaliseraient que, malgré tout ce qu’ils ont causé de dérangements, les jeux étaient l’occasion d’une grande fête. Les athlètes français seraient meilleurs que prévu, déjouant les pronostics des analystes. La fierté d’être français prendrait les Parisiens, ils resteraient. D’autres Français viendraient à la capitale pour participer à la fête.
    Le fait que ce soit un quartier populaire me donnait aussi confiance. Personne, ici, n’avait de résidence secondaire à Deauville.

    Il y avait quelque chose en moi qui était authentiquement animé à l’idée d’être à la tête d’un lieu de vie. J’aimais ces lieux. J’avais beaucoup fréquenté les cafés du quartier où j’habitais, en particulier au début, quand l’appartement dans lequel je logeais était encore couvert de bâches et empli de vapeurs de peinture. D’abord lieu de refuge, où Les tenanciers des cafés que je fréquentais s’étaient petit à petit habitué à ma présence solitaire, à taper sur un ordinateur ou à griffonner un carnet de notes, ils étaient devenus des lieux de rencontre.
    S’occuper du Caïpirinha pendant l’été, c’était l’occasion de réinvestir le lieu, et d’offrir un endroit où être aux habitants du quartier. J’avais senti à quel point ces lieux pouvaient être vitaux, et j’étais heureux de passer de l’autre côté du comptoir.

    Dans un premier temps, quand j’étais arrivé sur Paris, tout m’avait souri. J’avais rapidement trouvé une chambre, un travail, mais surtout, j’avais eu, sur les travaux que j’avais présentés, des retours élogieux, ou au moins très encourageants. J’avais passé des concours, réussi certains. J’avais décroché un premier contrat pour fin septembre, puis une école pour octobre. Je pouvais me projeter. Après avoir arrêté le travail que je faisais à l’approche des concours, et les avoir passés, je n’avais, depuis la mi-juin, plus d’impératif. Les quelques démarches que j’entamais alors, en lien avec ce que j’étais venus essayer de faire sur Paris, se heurtaient toutes au même obstacle : « aucune bande passante d’ici les vacances. » J’avais assez d’argent pour tenir jusqu’à septembre, mais pas assez pour partir de Paris, et ne voyait pas bien ce que j’allais faire sur ce temps. L’énergie avec laquelle j’étais arrivée deux mois plus tôt se tassait. C’était qu’il manquait à l’appartement dans lequel je vivais quelques éléments pour être tout à fait habitable, des vitres épaisses, pour taire le bruit des voitures et motos qui dévalaient l’avenue en bas de l’immeuble, des volets pour se défaire d’une lumière du jour qui se faisait de plus en plus permanente, et puis, peut-être, une autre présence humaine que la mienne.

    Soudain, avec la proposition de Dany, j’avais une aventure exaltante à portée de main. Une entreprise qui demanderait de bricoler, de trouver les bons produits, les bonnes recettes, décider des prix, de communiquer. Bref, un jeu.
    J’avais abandonné l’idée de faire uniquement des frites. Si je visais les habitants du quartier, il faudrait faire des repas complets. C’était l’opportunité de servir une cuisine saine, comme le faisaient si peu des brasseries françaises. Dans les années précédentes, j’avais senti dans ma chair le lien entre alimentation et santé, et j’avais enfin l’occasion d’appliquer ces principes à une première échelle. Je garderais les frites à la carte, mais plutôt que de l’huile végétale pour la friture, j’utiliserais de la graisse de bœuf, bien plus saine pour la santé.
    Être à la tête d’un café me permettrait d’avoir le contrôle sur la playlist jouée. Je pouvais encore très colérique à l’époque, et je pestais intérieurement à chaque fois que je mettais les pieds dans un café, et entendais une série de titres piochés dans une banque de tubes issus des années soixante-dix jusqu’à nos jours, et dont les airs entêtants m’empêchaient de penser avec clarté.
    Africa de Toto ne serait jamais joué chez Mike’s Chips.
    Si je contrôlais bien le projet, il pourrait être très rémunérateur, je pourrais régler quelques impayés administratifs, effacer quelques ardoises, faire réparer ma chemise inspiration Call Me by Your Name, etc.
    Enfin, le manque d’obligations ne m’allait pas bien. Il me laissait le champ libre pour cultiver tout ce que je détestais chez moi.

    Ma conclusion : j’avais besoin du restaurant autant qu’il avait besoin de moi.

  • Aparté I – Un bar un peu popu, un peu seconde zone

    janvier 7th, 2026

    Ça te dirait d’aller boire un verre, à une heure tardive, dans un bar un peu popu, un peu seconde zone, où se trouvent toutes sortes de gens ? On y viendrait pour boire un verre, mais assez rapidement, on se mettrait dessus avec deux autres types, même taille, même âge, même poids que nous, presque de la violence légale. Que nous auraient-ils fait ? Pas grand-chose, mais leur allure de minet et leurs attitudes de parisien satisfait ne nous seraient pas revenues. Nos verres encore à moitié plein, on serait éjecté par le videur. Sortis du bar avant même que l’un ou l’autre ait pu aller au bout de son actualité, mais les coups reçus et les coups donnés en auraient plus dit sur chacun que quoi que ce soit qu’on aurait pu se confier. On errerait, longtemps, puis, le petit matin, pointant, on irait se réfugier dans une église. Rendus hagards par les coups et l’errance, on attendrait, assis, sur un banc proche de l’autel.

    Le temps s’écoulerait, puis les premiers paroissiens venus pour la messe du dimanche matin entreraient dans l’église. C’est que toute cette histoire aurait commencé un samedi soir. Quand les paroissiens entendent le prêtre qui, pendant son sermon, dit : « À l’église, venez comme vous êtes ! », ils rient du décalage, un homme d’Église qui utilise le slogan d’une chaîne de fast-food, mais là, ils n’en seraient pas moins sur leurs gardes, devant ces deux jeunes hommes à l’allure enbataillée, et dont ils ne sauraient dire s’ils sont pris dans une contemplation mystique ou simplement sonnés par une nuit d’ivresse.
    On accueillerait la messe avec soulagement, comme pour se laver de la nuit. On saurait que ce qu’on avait fait n’était pas très beau. Il n’y a pas de karma cosmique chez les chrétiens, mais c’est tout comme, et une prière, c’est pas grand-chose, mais si c’est fait avec intention, ça soigne.

  • Emily in Paris – a side story

    décembre 21st, 2025

    The other day I was on the set of Emily in Paris as… an extra. I used to tell myself that I would never apply to any extra casting calls. Sitting and standing still in the background, that’s not for me, so “Thank you, but no”. A lack of money has the power to make your mind shift on ideas that you thought were fixed, and as the end of the month was drawing near, making a couple of hundred bucks to sit and stand started to seem actually quite okay. So I signed up to an extra casting calls newsletter, and landed the first one I applied to. The casting call simply stated: “Stylish outfits required. Extras will have to come with a selection of three outfits to portray fashion journalists.” Did I have a selection of three stylish outfits in my wardrobe? No, but I had a secret weapon: a 2000-euro made in Italy tailored suit that I had not paid a single penny for. Sent a couple of photos of me wearing it. Got the part. The TV show or movie that you apply for as extras are usually not disclosed in the casting call. Even the precise location is kept secret till the day before the shoot. So, a week before the shoot, I only knew that’d be a fashion journalist invited to a XYZ element of the plot in Paris intra-muros and that’d earn around 130€ for it, and I was okay with that. Two days prior to the shoot, contracts for extras were sent, and though in it, the TV show was titled Charade, the file was named: “EIPS5”. Sometimes my brain can’t connect two dots together, but this time, it did. A fashion journalist, and EIPS5, “That must Emily in Paris” Big show produced by Fitflix, big budget “I can to turn this into an opportunity!”

    So I started doing research. I needed to find infos on the people that were executives, and yet, that were likely to be on the set. After a couple of hours of research, my main target was this guy:

    Anthony Hellington

    The day before the shoot, to say that I was prepared would be an overstatement, but I knew what the executive producer looked like, his background, the student movies he had made as an aspiring director, and when he had started working for Fitflix as a producer. I had also come up with a show idea that I’d picth to him if I were to see him on the set. When I went to bed the night before filming, shirts and suits ironed, I could hope that an opportunity would arise.

    Day began at 6:30. All the extras gathered in front of the Palais de Tokyo, a modern art contemporary museum located Paris 16th arrondisseement. We went to one its under-street level room, where lined up to show the outfits we each had brought to the costumiers and costumières engaged by the production company. Behind the costumiers’ stands were a myriad of outfits, clothing items, or accessories that they could choose from to either dress us from toe to head, or to create an outfit that’d mix some the extra’s own personal clothes with others from the production’s selection. While we were in line, waiting, the set organizers revealed that the show we’d take part in was Emily in Paris. Bingo!
    After getting dressed, all the female extras went to get their make-up and hair done by professionals. I had never seen so many women with so many distinct hair dressings. They also all wore bright red lipstick, skin-showing colorful tops and skirts, or gowns, with shiny jewelry. I’d feel a buzz just from looking at them. Men wore suits with a fancy tie or sort of hipster colorful clothes with a foulard tied around the neck. Aesthetically, it looked we were caught between the 60’s, a fashion show, and the district 1 of the Hunger Games universe.

    First sequence was in a fancy restaurant. We were seated at round tables. With the extras I was seated with, we were quite far from where the actors played, but we could still hear what they were saying. So far, no sight of Anthony Hellington. The film crew shot the same sequence again, and again, and again, from all possible angles. As extras, we did what we were supposed to do: being in restaurant and pretending to talk to one another. Basically we moved our lips without uttering a sound. Between the takes, I cracked a couple of jokes to the other extras seated with me on the plotline unfolding in front of us. They laughed so hard that the film crew started to shsss us. But the extras couldn’t stop laughing. The jokes, that I cannot detail for legal reasons, were just too good. The film crew members started to look at us like: “what’s the joke about?”. They too wanted to have a good laugh. We eventually got quiet. Film crew kept on shooting the same sequence over and over and over till midday came. Lunch break.

    Afternoon came. New sequence. Change of settings. We were in a Parisian palace nearby the Palais de Tokyo. The sequence was about Emily who decides to Y element of the plot. As I stood, with two other extras, drinking a glass of champagne lookalike, behind Lily Colins and Bruno Gouery, I kept glancing over the actors to the film crew, trying to see if Anthony Hellington was now on the set. Still no sight of him. They wrapped the sequence quite quickly, then moved to a new one. Emily had decided to Z element of the plot, and as a result there was a mock bakery on the set. So far I had done what an extra does. Sitting and standing still. I thought that would be it till the end of the day, but out of the blue, a girl from the film crew pointed at me and said: “You, come here. It’s for a transition scene. You’ll sit at the terrace table of the bakery, with her.” There, already seated, was the girl that I had sympathized with earlier in the day. With her Asian features, the make-up and the hair-dressing she got during the prep, a double low bun, she looked like she had gotten out of a maoist propaganda poster. This was precisely what I had said to her when I had approached her. “Yeah I know, she had replied, but don’t be fooled by my look, at heart, I’m a capitalist.” We had talked on and off between the sequences and at lunch break. The girl wasn’t an aspiring actress. She had a master in finance, and was in between jobs. Smart, pretty, witty, you bet I already had a crush on her. She smiled when she saw that I was the one that got picked up to do the transition with her. As I sat down, she said “They must have thought that we’d make a cute couple.” I blushed. Gosh, sometimes I still react like a kid when a girl I like flirt in a direct way. One of the woman of the film crew then came to tell us how the scene would unfold. A boulangère would come, serve us two viennoiseries, and we’d eat them, and that was it. So we did just that, but as the cameraman kept filming after that first bite, an uneasiness grew from being there, filmed, with no line nor direction to cling to. In a way, it did feel like a first date. I thought I’d make us look like two human beings with the ability to interact with one another, so I said: “Il paraît que c’est une des meilleures boulangeries de Paris.” There, my first line. As the camera kept filming, the uneasiness turned into laughter. CUT. The cameraman got up, even he, was laughing.

    With that fry in the voice that is unmistakably American, I heard: “Change the guy.” (even though the production team is ninety-percent French, the director on the set was an American woman, probably in her late sixties. Fitflix produces show in France to abide by the laws that rule the movie industry in France. The laws make it mandatory for movie distributors, including streaming platforms, to produce movies or shows in France, that is why shows like Emily in Paris, or Carême, on AppTV+ exist. The film crew is French, and a part of the production team is located in France, but the boss on the set is an American.)  “What? What did I do wrong? Didn’t my line sound natural? Is there another way to eat a pain aux raisins that’d be more cinematic?” I thought to myself in the span of a second. From that same unmistakably American voice were pronounced the words: “He doesn’t look eccentric enough.” I looked at the girl I had just shared the less intimate date I had ever done. Bewildered, I said: “But what about us ?
    – But what about us ? She said, almost in tune.
    – What about everything that we’ve been through ? I said, also almost in tune.”
    She laughed heartedly, and on that good note, I got up, and a guy that certainly looked more eccentric than I did took my seat. I took one of the glasses of fake champagne on a plateau held by one of the fake waiters on the set and dashed out the room to drown my sorrow in golden-colored sparkling water. I passed the unemployed extras, sitting down on couches or right on the floor, till I got to a majestic gallery with walls made out of white stones and high marble colonnes with gold-covered sculptures at each end. Why wasn’t more eccentric? Had I ever been eccentric in my life? Was eccentricity what my life lacked? In a gigantic mirror carved into the left wall of the gallery, I caught a sight of my own reflection. I stopped and took a closer look at it. The American director was right. There was nothing eccentric about how I looked. In this setting, with my hair combed back, my square features, a skin tanned by a four-week stay at the Bassin d’Arcachon, wearing a tailored dark blue suit, a tie tied in a full Windsor knot, I looked like the next heir in line to a mega-industrial complex built by a dynastic family from Northern Italy. I sighed. Today’s defeat will be tomorrow’s victory I thought. I took a sip of the golden-colored sparkling water, and walked back to the set. As I was passing by the extras, sitting in the hallway leading to the set, all either reading a book, scrolling on their phone, or taking a nap, Damiens who I had talked to earlier today, and who made a living mostly out of his performances as Fabula, his drag queen persona, stopped scrolling on his phone and said: “I saw your scene. A star is born ahahha!” (in English in the texte). We had a good laugh.

    The crew shot a couple more scenes with the main actresses in it. Ashley Park, who plays Mindy, wore a dress that made her look like a goddess of fire. Everybody on the set was mesmerized. On the Extra side, we did a bit more of walking around, a bit more of pretending to talk to one another, and that was it. Or so I thought… because out of the blue, I caught myself being on high alert, sniffing the air like a fox, instincts taking over. I could smell it. Opportunity was in the air. I turned around from the fake conversation I was having with two other extras, and there I saw him, Anthony Hellington. The executive producer was talking to the American director, and discussing choices for the scene they were shooting. Walking to him between two takes of a scene would have been stupid. So I waited, patiently. From what I had collected on him, I knew he was the chill type, and one moment or another, he’d take a break while still being on the set, and there would be my window.

    There came the moment. The American director had walked out the set, everybody was either resting or chitchatting, and Anthony was sat down at a table behind the camera rail set up in the middle of the set. I walked to him. He was eating the pastrami sandwich the set organizers had served at the midday break. I had not eaten it, because I stick to a low glycemic gluten free diet, to keep my mind sharp and my energy constant throughout the day, but the sandwich sure looked delicious. As I got to him, he took a voracious bite in his sandwich. I said: “Hello Anthony” Mouth full, he kept chewing, so I went on: “What do you say about producing a show that’d be the complete opposite of this one. Instead of following a young American woman that lives in a fantasized Paris and unravel issues that are not, the show would be about a young French man, trying to become an actor in Paris, but it’d be a Paris more real, rawer, sometimes violent, and yet, through his struggles, the young man would find beauty and joy that could only be found in Paris. It’d be called Emeric in (broke) Paris. I think there’d be an audience for that.”
    He looked at me, still chewing. After swallowing, his mouth still half full, in an ironic voice he said: “Why don’t you pitch your idea to Steven Spielberg?”. I didn’t like the tone he took.
    “Yeah, I think you’re right. I might as well try my luck with someone whose work I actually admire, rather than with someone who works on a show that is nothing but a shallow, mind-numbing piece of entertainment whose sole accomplishment is to have Parisians quit their lazy tee-shirt jeans sneakers combo outfit to have them dressed up as the fashionistas the world think they are… Where is the 20 years-old aspiring director that made a gem of a short movie about a man trying to kill a bug in his apartment? Is he dead ?”
    I took acting classes this year. So I trained to speak to audiences of hundreds of people, and I can assure you one thing, my voice was clear and loud AF. The silence that followed was nevertheless even louder. You could hear a fly bzzz in the room. Everybody on the set was now looking at us. I feared that once, again, I had gone too far. At this point, I contemplated two possibilities. I was either going to get slapped by the man in front of me, or straight up ejected from the set by the film crew without getting any of my personal belongings back. But something even more unexpected happened.
    A tear, a single tear, rolled down Anthony’s left cheek. He got up and said: “I think you were the wake-up call I needed. Fitflix pays me so much money that I almost forgot that I first wanted to make movies that I actually enjoy watching. Tomorrow I quit my job, and I start my indie movie production company.”
    An opportunity bigger than the one I had imagined had arisen right in front of me.
    “Indie movies, you said.
    – Yeah.
    I ditched the “Emeric in (broke) Paris” card, the character’s arc wasn’t that clear anyway, and played a never-used before card in my literary bravado undertakings. I knew I needed to talk to his movie lover’s heart, and suggest to him a timeless story, that will resonate far and wide in the world and ages.
    “What if I told you that I wrote a script. It’s the story of a young Jesuit, named Salavatore, that is sent to China as a missionary in the late 19th century. The young man is full of zeal, and has a fairly good mastery of the Chinese language, but his preaches don’t resonate in people’s minds, because their own cosmology is so far apart from the Christian one, that they simply can’t relate to what he preaches. One night, after preaching passers-by that would never stop, caught by despair, he goes to the foreigners’ pub, and have a glass of beer, which he never usually drinks, because of his ascetic nature. There, a half-Chinese half-British Shanghaian, that saw him preaching in vain, says: “You try convert Chinese to your religion, but you don’t understand how they think. If you want them to listen to you, and convert them to your god, you should first see the world as they do. There is a teacher, up in the mountains near the waterclear river. If you go up there, I think he will teach you.” Salvatore then walks for five days straight in the countryside of China, finds the teacher, and a beautiful master-to-student dynamic takes place. Obviously they both learn from each other, they’re both tested in their beliefs, and it ends with a grand finale. Think of this movie as the Karate Kid but with a degree in theology.”
    When I said the word “karate” his eyes brightened up. He asked: “Are they Kung-Fu scenes in the script?
    – Kung-Fu scenes? Yeah of course! And why not throw a couple of sex scenes!
    – That was my next question!”
    It’d be indie, but in an American way. We French like to bla bla bla too much. It is our pride. It is our vice.
    “Great, your first script just got optioned !” He said.
    We shook our hands. Mine was shaking out of disbelief to what had just happened. The film crew, the other extras, so far perfectly silent, started clapping their hands. The clapping sounds soon turned into a roar. Was I in a fantasy?
    The American woman, director on the set, then came into the room: “HEY WHAT’S HAPPENING IN HERE?” with that typical American crispiness in her voice “We still have sequence 27 and 38 to shoot, so can everybody get back to work?” The cheers died down. “You have to come to LA as soon as possible” said Anthony Hellington. He took my infos, I took his, and then I went back to the spot where I had been placed to be a background silhouette.
    They shot the two sequences, and the shoot ended. We all left the set, extras first, to go back to where the day had started for us.

    Being an extra on a set certainly wasn’t a way to the roles I aspired to play, and maybe it wasn’t a way to any role. But as I was replaying in my mind the day unfolding from early morning to the last sequence shot, there was no doubt, it had been a good day. Walking back to the fitting room where we had dressed up in the early morning, I thought about what had had actually happened during the day. The crazy outfits, setting foot in magnificent places, seeing actors play on a set for the first time, and though it was for a soap-opera, being truly good in the genre, I being paid to wear a suit and sitting standing still (or walking to be fair), getting picked for a transition scene, then getting unpicked, getting to know some of the other extras, serving witty lines here and there, making the group of extras that I was seated with laugh so hard that the film crew started to wonder if the action wasn’t on the other side to where the camera was pointed to. There was no doubt, it had been a good day.
    I reflected. Sometimes, being an entertainer means entertaining people from a stage. Sometimes it means entertaining people from where you are. I signed the presence sheet, and walked out to an early evening end of July Paris.

  • Éloge de l’autostop

    décembre 7th, 2025

    L’idée m’était venue dans un moment où l’esprit était en paix. J’allais me sortir de Paris grâce à l’autostop.

    Les jeux olympiques s’étaient achevé, et août arrivait à sa moitié. Dans Paris, en partie désertée depuis le début de l’été, les quelques îlot d’effervescence qui avaient jailli dans la ville autour des lieux des épreuves et des fan zones s’étaient évanouis. Les avenues de la ville étaient tout comme des images figées, pas de véhicules, pas de bruit, quelques passants épars. Paris eut été déclarée « ville ouverte » qu’elle n’eût pas eu une allure différente. Le seul élément qui s’attardait dans la ville, c’était un air de plus en plus lourd.

    Au début de l’été, j’avais espéré faire de l’argent grâce à un restaurant dont je m’occuperais pendant les jeux olympiques. Les jeux étaient faits, et le bilan était mitigé. Je me retrouvais désormais face à une ville vide. La chaleur, le béton, la déception me montaient à la tête. J’avais besoin de partir. Cela faisait quatre mois que je n’étais pas sorti de la ville, et la simple idée de voir l’océan et m’y jeter me faisait frissonner de plaisir. Mon obstacle, le peu d’argent que j’avais, je devais le garder pour septembre, et, sans situation, il aurait été insensé de dépenser plusieurs centaines d’euros dans deux billets de train.

    Alors que je réfléchissais aux moyens de me sortir de Paris à moindre frais, dans un bref moment où l’esprit était en paix, je me vis au bord d’une route le pouce levé. Pour la première fois, je pensai à l’autostop comme mode de voyage. Je regardai la distance et le temps de trajet qui séparait Paris d’une des îles françaises de l’Atlantique. Cinq cents kilomètres de distance et cinq heures de trajet. Cela me paraissait beaucoup. Est-ce que je n’allais pas juste m’offrir le luxe de passer pour un idiot et de cuire en plein air ?

    Les situations précaires ont ceci de bon qu’elles laissent aux idées nouvelles la chance de s’exprimer. Je n’avais rien à perdre. J’avais aussi commencé mon premier récit, et j’espérais qu’un changement de paysage et l’air marin m’aideraient à l’aboutir. Et maintenant que l’idée de voyager en autostop m’avait traversé l’esprit, j’étais aussi curieux de découvrir les profils des personnes qui prendraient un autostoppeur.

    Il existe un Wikipédia des auto-stoppeurs, et c’était là que, pour la destination que je m’étais choisi, je trouvai mon point de départ : rond-point du Petit Clamart. Equipé d’une ardoise sur laquelle j’avais inscrit une première ville étape, je me plaçai sur la surélévation en béton qui longeait le rond-point. Protégé du soleil par une structure sur laquelle s’étalait une voie rapide, j’attendis là plus de deux heures. Assez longtemps pour me demander si je ne m’étais pas fait tromper par une vision issue de mon imagination plutôt que d’un rapport éclairé au réel.
    Puis une voiture s’arrêta.

    Je le découvrirais quand je répéterais l’expérience : sortir des villes est toujours la partie la plus ardue. Une fois sur la route, les prises s’enchaînent, et le temps d’attente devient mineur.

    Pour ce qui était des profils de ceux qui prennent des autostoppeurs, je ne pus jamais dresser une règle générale. Certes, il y eut souvent des hommes anciens autostoppeurs qui étaient heureux d’un peu rendre l’aide qu’ils avaient reçu par d’autres, s’étonnant de ne plus voir d’autostoppeurs sur les routes, mais pour le reste, il n’y avait pas de profil type. Jeunes, moins jeunes, hommes, femmes, couple d’artistes, couple de quinquas dans l’existence la plus installée qui soit, mère avec un enfant en bas-âge à l’arrière, retraitée, camionneur, lobbyiste au parlement européen, familles, groupe de copines, étrangers. Pas de règle générale.

    Après cette première fois, je continuerais ensuite à faire de l’autostop, parfois moins porté par la nécessité qui m’y avait poussé la première fois, parce qu’avec l’autostop, j’avais découvert un plaisir de jeune homme.

    C’était le plaisir, avant de partir vers une destination, d’étudier sur Maps le plan des villes depuis lesquelles je partais ou passerais pour trouver le meilleur endroit d’où partir puis où être déposé pour continuer le voyage. C’était le plaisir de se faire un peu battre par les éléments, un soleil qui brûle ou une pluie qui arrose, tout en restant statique face à eux. C’était le plaisir d’un chemin vers une destination qui s’appréciait mieux que lorsqu’il était fait en train ou en avion. C’était le plaisir de découvrir, sur un temps très court, par les échanges qui avaient lieu dans l’habitacle des voitures, une multitude d’existences qui s’esquissaient. C’était le plaisir de passer d’une ville à une autre en France pour pas un euro, ou presque. C’était le plaisir des réajustements stratégiques, quand l’attente se faisait trop longue, pour aller à un point plus propice en passant par des chemins non battus. C’était le plaisir de se faire détromper dans mes jugements. « Jamais elle ne s’arrêtera elle avec son style de bourgeoise. » me dis-je une fois, seulement pour voir la voiture s’arrêter sur le bas-côté dix mètres plus loin. C’était le plaisir de redouter de passer la nuit dehors, puis de se faire sortir de l’embarras par un inconnu, pour arriver tard dans la nuit à destination. C’était aussi parfois le plaisir, pour lequel j’avais un goût plus modéré, de passer la nuit dehors. C’était le plaisir, lorsque je me rapprochais de ma destination, d’appréhender d’abord un territoire par les locaux qui m’y conduisaient et qui me livraient des tranches d’histoire, de géographie, et me glissaient quelques conseils et tuyaux pour me faciliter la vie une fois que je serais sur place. C’était le plaisir de se mettre en contact avec la bonté des hommes.

    Je parle de l’autostop comme d’un plaisir de jeune homme, d’abord parce qu’il est certain que cela aurait été plus dangereux pour une jeune femme, puis parce que, passé un temps, un âge, il devient inconvenant de se déplacer en s’en remettant totalement à la générosité des autres.

    Pour moi, ce temps dura un peu plus d’un an. Je me souviens de cette période de mon existence avec une grande netteté, presque comme si c’était hier, et je repense toujours avec joie aux sentiments de liberté et de confiance qu’avait fait naître la pratique. Où que j’étais, je pouvais prendre la route. Où que je décide d’aller, j’avais la certitude que le chemin ne se ferait jamais sans rencontre.

    Avant d’abandonner la pratique, après avoir senti à quel point la France s’était rétréci du fait de pouvoir m’y déplacer si facilement, après être arrivé plusieurs fois à destination, incrédule du peu de temps que cela m’avait pris, ragaillardi par les conversations qui avaient eu lieu sur la route, à me dire : « J’aurais pu aller tellement plus loin. »,  je décidai, pour la première fois, de mettre le cap vers l’étranger.
    Direction Stockholm.

  • Il me proposait les clés du restaurant (Mike’s Chips – Épisode 1/7)

    novembre 23rd, 2025

    Il me proposait les clés du restaurant. À force de lui faire des suggestions sur ce qu’il pourrait faire pour l’améliorer, et sur ce qu’il devrait faire pendant la période des JO pour tirer parti des flux de touristes, Dany était allé jusqu’à me proposer de gérer le lieu pendant l’été. Ça m’avait mis un coup de vertige. C’était une chose de distiller des conseils, avoir la charge du lieu et appliquer ce que je recommandais en était une autre. Très vite cependant, j’eus la certitude que je voulais le faire. Je voulais être à la tête du restaurant.

    C’était un petit établissement dans le 20ème arrondissement, un peu isolé, poussiéreux, pas entretenu, mais avec du potentiel, du moins c’était ce que je croyais. Le patron était le propriétaire de l’appartement où je logeais. J’étais arrivé une paire de mois plus tôt sur Paris, sans point de chute, ni travail, mais avec quelques certitudes sur ce que je venais essayer de faire ici. J’avais contacté Dany à la fin de ma première semaine. Je l’avais auparavant rencontré une fois, grâce à mon frère, et à la description que ce dernier m’avait faite de l’homme, j’étais certain que si quelqu’un avait un plan pour une chambre dans Paris, ce serait Dany. Ça n’avait pas manqué. J’atterris dans un bel appartement à proximité de Philippe Auguste, en travaux, mais grand et lumineux. J’étais venu du sud avec un peu d’argent, mais rien qui ne permette de me payer une chambre au prix normal. Peu de fric donc, mais le service en monnaie d’échange. Quand Dany me présenta la chambre, je lui dis : « Je vous remercie pour la chambre. Si vous avez besoin d’un service, quoi que ce soit, vous pouvez me demander, que ce soit pour le restaurant ou pour autre chose. » Là non plus, ça n’avait pas manqué. Dès le lendemain, il m’appela pour que je le remplace pour le service du midi au restaurant.

    J’avais découvert l’établissement, étonné. Le restaurant était situé au croisement de rues assez sales, où s’enchaînaient les immeubles d’habitation sans superbe. Pas grand-chose n’était fait pour mettre en valeur l’établissement. Le store était en lambeaux, et se fondait dans la rouille de son armature. Les vitres étaient recouvertes de poussière. L’intérieur était sombre, sale, et n’y régnait qu’un binôme de couleur, marron et un vert clair tirant sur le jaune, qui n’allait pas. Malgré cela, je découvrais que le restaurant avait sa clientèle d’habitués.

    Le jour suivant, Dany m’invita à déjeuner à son restaurant, pour me remercier de l’avoir remplacé. Une tâche noire était apparue dans le champ de son œil gauche, et il était allé consulter en urgence. Les médecins l’avaient opéré sur le champ. S’ils n’étaient pas intervenus dans les vingt-quatre heures, lui avaient-ils dit, il aurait perdu la vue de son œil gauche.
    Il me servit une escalope à la Caïpirinha, c’était le nom du restaurant, crème fraîche, bacon, et une cuillérée de cognac, accompagnée de frites. Il m’expliqua alors l’histoire de l’établissement.

    Le restaurant était au rez-de-chaussée d’un immeuble duquel Dany était propriétaire de tous les appartements, en plus du restaurant. En 2012, il avait repris la gérance du restaurant, après avoir découvert que le gérant d’alors laissait les dealers du quartier utilisaient le lieu comme point de dépôt pour la drogue. Lors de l’état des lieux qu’il avait fait à la reprise, il avait découvert dans un coin de la cave, un lit deux places au-dessus duquel était suspendu une ampoule au verre peint en rose. Par une courte enquête auprès des gens du quartier, il avait découvert que l’ancien gérant faisait tapiner sa femme dans la cave du restaurant.
    Le restaurant était situé dans un quartier pauvre, moins pauvre que ce qu’il avait été quelques années auparavant, mais pauvre quand même. Soixante-dix pour cent des habitations des rues environnantes était des logements sociaux. Il y avait cependant, à proximité, un conservatoire, quelques entreprises de service, et un centre de formation professionnelle, d’où venait sa clientèle.

    Après le repas, sur le chemin du retour jusqu’à l’appartement où je logeais, j’imaginais la critique que j’aurais faite du restaurant, croisement entre ce que j’avais vu qu’il était et son histoire.

    Le Caïpirinha est un restaurant surprenant. Son nom laisse présager une ambiance chaude et une carte aux saveurs exotiques, alors que sa façade pourrait faire croire que le lieu a été laissé à l’abandon, mais aucune des suppositions ne s’avère vraie.  Une fois à l’intérieur de l’estaminet, je découvre que le lieu est en réalité une petite brasserie de quartier, bien dans son jus, fréquentée par quelques habitués. Pendant le repas, je constate qu’il y a, en plus des clients, beaucoup de passage. Le restaurant, bien inséré dans la vie locale, sert de point relais pour les habitants du quartier. Ils passent récupérer un colis, prennent un verre avec le patron, puis repartent. À la carte, il y a tous les classiques du genre : bavette avec frites, saumon et riz, spaghetti bolognaise, lasagnes. Beaucoup des plats sont faits maison, et les portions sont copieuses. Une cuisine généreuse donc, tout comme le patron, qui en dessert, propose sa femme.

    Après qu’il m’eut proposé de m’occuper du restaurant pendant l’été, j’avais, en juin, fait des services tests, pour évaluer le passage pendant la journée, déterminer s’il y avait du potentiel, noter les améliorations que je pourrais faire. Je pensais alors que, pendant les JO, des flux de touristes passeraient continuellement dans les rues de Paris, 20ème compris. Si je pouvais faire des bonnes frites à emporter, je pourrais peut-être faire un peu d’argent, peut-être beaucoup.

    Mes premiers clients furent deux lascars du quartier. Un typé asiatique, l’autre arabe. Ils s’assirent, en terrasse, et m’interpellèrent : « Chef, tu nous mets deux cafés et une assiette de fromages steuplait ?
    – Oui, ça marche.
    …
    – C’est possible d’avoir un peu de poulet sur l’assiette de fromages ? me dit l’arabe.
    – Euh non.
    – De temps en temps, me dit l’asiat , le vieux il fait ça. »
    Il parlait de Dany.

    Je leur apportai  l’assiette de fromages. Ils la terminèrent assez rapidement, puis l’asiat me relança : « steuplai, remets-nous un peu de bleu.
    – Non. Si tu veux je te rapporte du pain.
    – Ah, le vieux, il nous met mieux. »

    Alors que j’apportais le pain, l’asiat me regardait fixement, presque me dévisageait. Au moment où je posai la corbeille sur la table, il me dit :

    «  En tout cas, t’as de beaux yeux chef.
    – Ah ouais ? lui dis-je, et qu’est-ce que tu penses de mon cul ?

    Les deux s’esclaffèrent, et je ris avec eux.
    Nous rimes comme cela pendant un bon quart d’heure.

    Je retournai derrière le bar. Posté derrière le comptoir, d’où j’observais le passage dans le quartier. Je tirai une feuille blanche de mon sac, pour commencer à noter les modifications que je devrais faire lors de la reprise du restaurant. Au milieu de la feuille, j’écrivis le nom du restaurant : « Caïpirinha ». Puis, je m’arrêtai un instant. Quelque chose ne sonnait pas juste. Le restaurant n’avait rien d’exotique, et s’il y avait bien de la Cachaça sur l’étagère à alcools forts, Dany n’avait probablement plus servi de cocktails depuis des lustres. Je repensais alors à l’idée que j’avais eue, simplement faire des bonnes frites maison, et au fait qu’avec mes problèmes d’élocution, toutes les fois où je me présentais, le premier « Emeric » que je donnais, devenait immanquablement : « Mike ?! ». Je barrai Caïprinha, et inscrivis :

    Mike’s Chips

  • Shanghai La Magnifique – Taras Grescoe

    novembre 4th, 2025

    Shanghai La Magnifique est un récit non-fictif de la ville de Shanghai dans les années 30, lorsque, devenue une ville hybride entre l’Extrême-Orient et l’Occident, elle atteignit son apogée charismatique.

    En partie découpée en concessions étrangères depuis la signature de traités inégaux au milieu du XIXème siècle, Shanghai s’est internationalisée jusqu’à devenir un des hauts lieux du cosmopolitisme. Les drapeaux britanniques, américains, et français qui flottent au-dessus des concessions ne suffisent pas à révéler la diversité des nationalités des hommes et des femmes qui se bousculent dans les rues de Shanghai, font des affaires ensemble et s’encanaillent dans ses clubs : Allemands, Japonais, Américains, Juifs séfarades, Italiens, Français, Russes, Britanniques. Ces hommes de partout se mêlent aux locaux, aux Shanghaïens, parfois bourgeois cultivés à la conversation plaisante, complices dans les affaires, mais d’abord petites mains qui servent un train de vie de nabab.

    Au-delà des nationalités, c’est le type de profils que réunit la ville qui la rend si particulière. Des hommes d’affaires arrivés en conquistadors côtoient des écrivains journalistes qui s’acoquinent avec des gangsters gentlemen qui fréquentent des aristocrates chinois. Mais tous sont mondains, tous sont jouisseurs.

    C’est la rencontre de ces profils extravagants, et l’effervescence qui en résultait, que veut raconter le livre. Shanghai est Babel et Babylone.

    L’auteur oscille d’abord entre deux personnages pour faire découvrir ce Shanghai.

    Le premier personnage par le regard duquel se découvre Shanghai est Victor Sassoon, fondateur du Cathay Hotel. Le Cathay Hotel est le grand hôtel de la ville, là où s’arrêtent des personnalités venues du monde entier pour visiter Shanghai. De là, son fondateur organise réceptions et soirées. Victor Sassoon est le liant des mondains. Lui-même créature hybride, à la fois britannique, juif issu d’une des plus vieilles familles de Bagdad, homme d’affaires et éternel bachelor, il n’est pas étonnant qu’il soit à son aise dans cet îlot cosmopolite. Il est de ceux qui font que Shanghai est le Shanghai d’alors.

    Le second personnage par lequel se découvre Shanghai est Emily Hahn, dite Mickey, une jeune journaliste américaine de 29 ans, arrivée dans la ville en 1935.

    Shanghai doit au départ n’être pour elle qu’une escale de quelques jours pour un voyage qui la mènerait en Afrique, mais séduite par la ville, sentant qu’il y a là matière à décrire, elle étend son séjour. D’abord regard extérieur sur la frénésie shanghaïenne, l’esprit de la jeune femme et son charme, font très vite d’elle une des figures qui composent ce tout-Shanghai. Si Taras Grescoe a choisi de faire découvrir la ville par Emily Hahn, c’est aussi pour dépeindre la personnalité de la journaliste, car Mickey est, pour ce que cela veut dire, une femme libre.

    Après des études de géologie faite presque par provocation, pour démontrer que les sciences n’étaient pas la chasse gardée des hommes, Mickey a décidé de bifurquer vers le journalisme. Les mots pour décrire les situations lui sont toujours venus aisément, et elle a toujours su, dans ses correspondances, insuffler un esprit caustique et une verve singulière. Étudiante, elle a déjà voyagé avec une amie dans l’Amérique de l’Ouest, à une époque où la région est plus proche du Far West que de la Californie New Age. Aventurière, dotée d’un esprit caustique, aspirante écrivaine, le mariage entre Mickey et la chronique de voyage est le plus naturel qui soit.

    À Shanghai, Mickey est journaliste pour le North China Daily News, pour qui elle traite l’actualité locale, et est correspondante pour The New-Yorker. Dans des chroniques régulières pour le magazine newyorkais, elle livre ses impressions sur Shanghai et les personnalités qu’elle y croise. Lors des mondanités auxquels la jeune femme assiste, nombreux sont les journalistes-écrivains venus à Shanghai avec l’intention de se servir de la frénésie de la ville comme matière littéraire pour des chroniques ou pour nourrir de futurs romans. Si Mickey Hahn fait partie d’eux, son expérience prend un tour singulier lorsque, au cours d’un dîner littéraire, elle rencontre, Sinmay, un jeune poète chinois, avec qui elle entame une liaison amoureuse.

    Issu d’une des plus illustres familles chinoises, le jeune poète, est aussi un cosmopolite accompli. Passé par Oxford, puis par les Beaux-Arts de Paris, il parle anglais, français, mandarin, shanghaïen, et circule avec aisance dans les différents cercles mondains de la ville. Le poète s’éprend de Mickey dès leur première rencontre.

    Devenus amants, Mickey, par Sinmay, accède au Shanghai des Shanghaiens. Elle découvre la famille aristocratique du poète, son épouse chinoise, les façons locales, est initiée au plaisir de l’opium, narcotique courant consommé alors par beaucoup des shanghaïens, et ainsi découvre une autre face de la ville. L’accès nouveau que la jeune journaliste chérit le plus, grâce à sa relation avec Sinmay, c’est l’accès à l’esprit chinois, que son amant incarne, avec tout ce que cet esprit a de différent, et de comique pour un regard occidental acéré. De son amant, la journaliste tire une caricature qui alimente ses chroniques pour The New-Yorker, et amuse un lectorat qui découvre une représentation du Chinois plus subtile et plus drôle que celle qu’il a l’habitude de voir. Pan-Meh, le nom du personnage qu’elle a donné à la caricature de son amant, a de l’esprit, est drôle, ne manque jamais de répartie face aux internationaux, mais est aussi un être versatile et croyant aux superstitions chinoises.

    Mickey le sait, le train de vie aisé qu’elle mène à Shanghai est permis grâce à des inégalités monstrueuses. Îlot de paix dans une Chine pour une part sous occupation japonaise, et en proie à la guerre civile, beaucoup des Chinois des territoires environnants la ville, se sont réfugié à Shanghai, épargnée par les conflits. Ces réfugiés, associés aux Shanghaïens, font une main d’œuvre à bas coût, sur laquelle est bâtie l’économie de la ville. Mickey décrit comment ce peuple de misérables existe grâce à deux ressources : la première, un riz bon marché, pour se nourrir, et, la seconde, l’opium, pour s’engourdir de sa condition. La journaliste elle-même finira par développer une addiction au suc de pavot.

    Les deux amants puis époux seront séparés par l’éclatement de la guerre entre le Japon et la Chine.

    Pour cette peinture de reconstitution d’un Shanghai disparu, Taras Grescoe use du travail d’Emily Hahn, son livre China to Me, et des carnets de notes de Victor Sassoon, dans lesquels celui-ci consignait événements et impressions. Mais Grescoe va au-delà d’une simple renarration de leurs histoires, et cherche à dresser une image quasi complète du Shanghai de l’époque. Son travail part de recherches historiques approfondies, et tout l’ouvrage est agrémenté de données techniques, de chiffres, de détails sur les infrastructures, pour livrer une œuvre à mi-chemin entre le roman et le livre d’histoire.

    Grescoe a aussi recoupé certains des commentaires faits sur Shanghai et la Chine par d’autres écrivains qui y vécurent lors de ces années. Si ce croisement des subjectivités est intéressant, le travail de non-fiction auquel s’astreint Grescoe l’oblige à ne jamais faire interagir les différents écrivains entre eux, et laisse ainsi sur leur faim ceux qui imaginent ce qu’aurait pu donner une scène vivante auxquels auraient pris part ces personnalités.

    Entrecroisée au récit des entreprises de Victor Sasson et de la découverte de la ville par Emily Hahn, la grande histoire du jeu politique chinois aussi est traitée. Elle apparaît d’abord en une actualité distante mais menaçante dans le livre, comme elle devait l’être pour nos protagonistes. Les soubresauts les plus spectaculaires y sont narrés, et donnent une bonne idée de l’évolution des dynamiques entre les camps Nationaliste, Communiste, et Japonais.

    À l’été 1937, les tensions entre les deux pays se transformeront en une guerre ouverte, et la ville de Shanghai deviendra un champ de bataille. La capture de la ville par les forces japonaises après trois mois de bataille, actera la fin d’une ère.

    Si la méthode de Taras Grescoe produit le but visé, dresser une peinture réaliste du Shanghai dans les années 30, elle n’est pas sans longueurs, et peut parfois lasser un lecteur désireux de plus de spectaculaire, en particulier lorsque le récit fait se déroule sur un terreau aussi romanesque.

    On referme donc le livre sans excès de sentimentalisme pour un Shanghai révolu, retranscrit en un style simple, mais avec un léger pincement de nostalgie pour une époque où il était possible de vivre, et bien, d’amours, d’aventures, d’audaces, pour peu qu’on écrive sur elles.

    Et si c’était encore possible ?


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